samedi 14 mai 2022

"C'est d'ailleurs moi l'ami Tim." Thomy Bourdelle pour L'Écho d'Oran, 30 mars 1932.

Un critique cinématographique a appelé Thomy Bourdelle le Bancroft de l'écran français ». Cette appellation sera véritablement justifiée quand on verra « Mon ami Tim », où l'excellent artiste interprète, aux côtés de Jeanne Helbling, un rôle de marin, à la fois brutal et doux, capable de déchainer une bagarre pour un motif futile, comme de risquer sa vie sans la moindre hésitation pour un ami. 

Quelques minutes avec... Thomy Bourdelle 

Thomy Bourdelle. l'inoubliable soutier du « Cain » de Léon Poirier, a repris le maillot de laine bleue et la casquette marine pour le rôle qu'il interprète actuellement dans « Mon ami Tim », aux Studios de Billancourt.

Bâti en athlète, des yeux clairs dont le regard doux contraste avec la voix rude, une vigueur tranquille mêlée à certaine nonchalance, Thomy Bourdelle représente admirablement le « gars de la mer ». 

 — Oui. répond-il à notre question, J'interprète : dans Mon ami Tim — c'est d'ailleurs moi l'ami Tim — le rôle d'un scaphandrier, grand coureur de filles et bon camarade, qui s'interposera entre un jeune compagnon — en l'occurence Frank O'Neil — et une femme. C'est le thème toujours émouvant de l'amitié chez ces êtres frustes et frères devant le danger : les marins ». 

Thomy Bourdelle fait des raccords, en même temps qu'il tourne Mon ami Tim, pour le Fantômas de Paul Féjos, où il incarne Juve. 

Comme il joue l'un des rôles rasé et l'autre avec moustaches, on le voit passer d'un « set » à l'autre suivi d'un maquilleur armé d'un pinceau et d'une fiole de vernis et flanqué d'une habilleuse qui le transforme de scaphandrier, en policier et vice-versa. 

L'autre nuit, après avoir couru après Fantômas pendant dix heurtes d'horloge, il enchaînait au matin, en revêtant l'énorme carapace du scaphandrier, pour une scène de plongée qui sera un des clous de Mon ami Tim. Ceci se passait sur les quais de Billancourt, la plongée devant s'effectuer dans la Seine. Comme on lui demandait s'il avait sommeil, il répondit que l'eau fraiche le réveillerait certainement et, en matière de conclusion : « Ah ! une bonne partie de rugby ; dimanche remettra tout cela en place. » Car aux approches de la quarantaine, Thomy Bourdelle ; est encore un sportif acharné et pratique notamment la boxe, le rugby, la natation. 


Nous demandons à l'artiste quelques détails sur ses débuts. 

 — Oh ! cela remonte déjà à bien des années. ! J'avais commencé le cinéma en 1920, avec Léon : Poirier, dans Jocelyn. où je jouais le rôle de bourreau. Devenu l'assistant de Léon Poirier, Je fus également l'interprète de son officier allemand dans Verdun, visions d'Histoire et je repris le même rôle dans la version nouvelle qu'il réalisa dernièrement. Caïn me donna aussi l'occasion d'une création passionnante et d'un fort beau voyage. Enfin, tout récemment. ! j'ai tourné dans Le Rebelle, Camp-Volant, Tumultes

« ...Des projets ? Rien de précis encore. Je tournerai sans doute à nouveau avec Léon Poirier dans quelques mois... »  

Et Thomy Bourdelle nous quitta pour retourner dans le décor où l'on réclamait sa présence, c'est-à-dire dans une chambre décorée à profusion des souvenirs qu'un marin glane au hasard des croisières : éventails, fétiches, portraits de femmes.


- S. S.

L'Écho d'Oran 30 mars 1932




vendredi 13 mai 2022

Le Bancroft français, Thomy Bourdelle - Paris-midi / 7 mai 1932.

 Le Bancroff français.

Grand, large d'épaules, le corps musculeux, Thomy Bourdelle réalise bien le type de l'acteur moderne entrainé à la pratique de bien des sports. 
 C'est du reste un athlète complet. 
 Le premier metteur en scène qui lui fit tenir un rôle vraiment intéressant, — car vers 1922 il avait déjà paru à l'écran dans L'Aiglonne, — l'engagea précisément à cause de ses qualités physiques : Léon Poirier lui confia un rôle de bourreau dam Jocelyn. Demi-nu, le masque grimaçant animé d'une joie cruelle, Bourdelle parut une parfaite incarnation du génie du mal. 

Bourdelle le bourreau torse nu de Jocelyn

Depuis ce peut rôle, cet artiste a fait son chemin. Il a interprété plus de vingt films muets. Le Courrier de Lyon, Geneviève, La Brière, Jean Chouan, Les Fiançailles rouges, La Divine Croisière, Verdun, visions d'Histoire... et près de dix films parlants: Les Vacances du diable. A mi-chemin du ciel, Le Rebelle, Camp-volant, Tumultes, Fantômas et Mon ami Tim. Malgré la diversité d'apparence de ses créations, presque toutes ont quelque chose de commun : elles, expriment la force. Tantôt c'est la force brutale du « traître », tantôt l'énergie du héros. 


Par son physique et son tempérament artistique, Thomy Bourdelle serait donc tout désigné pour camper des hommes semblables à ceux qu'incarne un Bancroft. .
— Ce serait mon plus cher désir, nous déclare Bourdelle. Mais, malheureusement en France, on ne semble pas beaucoup aimer ces types de bourrus sympathiques ; ou du moins la plupart des cinématographistes ne les aiment pas. Car le public, lui, court voir les films de Bancroft, de Jack Holt ou de Wallace Beery ». 
Comme nous demandons à Bourdelle quels souvenirs il a conservé de Paul Féjos, le réalisateur de Big house, qui le fit jouer dans Fantômas, il nous dit : 
 — Ce metteur en scène possède deux grandes qualités : il comprend le cinéma et il sait diriger un artiste. 
 « Or, contrairement à ce que certaines personnes pourraient croire, un artiste a toujours besoin d'être dirigé, car il ne se voit pas. Son jeu vraiment sincère peut paraître ridicule. Il lui faut quelqu'un qui surveille sa mimique et sa diction. Le plus mauvais service qu'on pourrait rendre à un acteur serait de lui dire : « Faites ce que vous voulez ». Soyez presque certain qu'il irait droit à un échec. 
 — Certains artistes déclarent que les artistes de théâtre conviennent, mieux au cinéma parlant que les interprètes de films muets. Qu'en pensez-vous ? 
 — Un bon artiste de théâtre réussira certainement au cinéma parlant ainsi qu'un bon artiste de cinéma muet. Mais l'artiste de cinéma muet possède en outre une expérience qui lui sert beaucoup : sa mimique a été très assouplie et il a appris l'art d'exprimer beaucoup avec le moins de moyens possible. Souvenez-vous comme le moindre clignement d'œil d'un William Hart était éloquent ! 
 — Vous regrettez donc le film muet ? 
 — Je l'avoue. Qui nous rendra ses belles scènes de plein air. son mouvement, sa vie ! . 


— Louis Saurel.
Le Bancroft français, Thomy Bourdelle 
Paris-midi / 7 mai 1932. 

jeudi 12 mai 2022

Thomy Bourdelle raconte son voyage aux Baléares ( Pour Vous n°225 / 1933 )

Je cherchais depuis une huitaine de jours quelqu'un qui voulût me parler des Baléares. Je rencontrai bien un homme, qui, pendant une demi-heure, me parla de Palma de Mallorca et de Formentor, comme s'il avait créé lui-même ces sites providentiels, mais s'en tint à cet exposé géographique et artistique et parut incapable de me dire comment on y vivait. 
J'eus l'explication de cette réserve lorsque je sus que mon interlocuteur n'était jamais allé aux lieux qu'il décrivait avec tant de pittoresque, mais qu'il dessinait des affiches pour une compagnie de navigation.


C'est alors que j'aperçus, un matin, Thomy Bourdelle près de la place Clichy. Je lui demandai d'où il venait. Il me répondit : 
« De loin. 
— Ah! fis-je, des studios d'Epinay ? » 
Il se mit à rire. 
« Non, des Baléares. » 
Si bien que je me mis à rire aussi. C'était l'homme qu'il me fallait. Lui, au moins, en ce temps où trop de gens parlent des îles et qui n'y sont jamais allés, pouvait en connaissance de cause me dire si réellement il y faisait chaud, si la vie ne coûtait rien, ainsi qu'on le prétend, et si, encore une fois, le snobisme des voyages ne s'apprêtait point à nous décevoir. 
Alors, Thomy Bourdelle parla ainsi : 
« Quittant Berlin où je terminais Le Docteur Mabuse, avec Fritz Lang — un bien grand metteur en scène, oui, monsieur — je traversai Paris, juste le temps de constater qu'avec ses huit degrés au-dessous, notre ville capitale ne battait pas le record de Berlin où l'on subissait quinze degrés au-dessous... 
— Et aux Baléares ? demandai-je. 
— J'y arrive. Vingt-quatre heures après, nous déambulions, mes camarades et moi, sur la Rambla aux fleurs, à Barcelone, pardessus au vestiaire, mains dans les poches, veston ouvert, vingt et un degrés à l'ombre, au-dessus, cette fois. C'était d'ailleurs dommage...
— Pourquoi ?
— Parce que l'on s'y battait en plein air. L'émeute grondait comme on dit dans l'histoire. S'il avait fait plus froid, les insurgés se fussent peut-être battus chez eux. 
« Nous admirâmes cependant, nos passeports tenus à la main, les boulevards bordés de palmiers que la République a débaptisés et dont l'un porte le nom de « Diagonal Paralelo », ce qu'on ne voit tout de même pas partout, et un autre de « Boulevard de la Paix », ce qu'on rencontre plus souvent. Enfin, au cours de la nuit, un vapeur nous prit à son bord et le lendemain Palma nous accueillit. 
« Ravissement. Sans présenter le charme exotique ni l'ambiance tropicale de Nossi-Bé, Palma de Mallorca, bien abritée des vents dans une côte admirablement découpée, exposée en plein midi, dotée d'un climat idéal, justifie pleinement sa réputation d'île du soleil... 
— Les maisons ? dis-je. 
— Admirables. Médiévales et romantiques, avec des patios mystérieux, des reliques, des châsses d'or, des tryptiques naïfs, des statues ornées de pierreries précieuses... 
— Les habitants ? 
— Exquis. Ils vous demandent dix fois par jour ce que vous voulez manger... 
— Et ils vous le donnent? » 
Une hésitation. 
« Ils font ce qu'ils peuvent. 
— Les hôtels ? 
— Ils font aussi ce qu'ils peuvent. A Palma, on vit au dehors. J'imagine que beaucoup de gens y couchent aussi. On ne pense pas qu'à se coucher lorsqu'on est en voyage. 
— Et la vie ? 
— Très bon marché. J'ai rencontré un couple de Français qui depuis 1918 vivent là de leurs rentes avec cinquante francs par jour. 
— Petits rentiers. 
— Non : gros capitalistes. 
— On m'a raconté qu'à Palma, lorsqu'on demandait l'heure à un Mallorcain, il vous offrait sa montre ! 
— N'écoutez pas tous les potins et achetez-en plutôt une à Paris. 
— Les distractions ? 
— Charmantes. Il y a des music-halls très bien fréquentés où les danseuses vous saluent en relevant leur robe par-dessus leur tête. Et elles n'ont pas toujours de culotte. Cela ne les empêche pas d'ailleurs de ne point faire un pas sans être accompagnées de leur père ou de leur mère. 
— Les étrangers ? 
— Des Anglais. Les mêmes que partout. Un plaid sur l'épaule et un livre à la main. Ils ont regardé une fois le paysage, en arrivant. Maintenant, c'est fini. Ils hivernent. Ils sont extrêmement différents des gens du pays qui, eux, passent plutôt leur temps à se promener et à se faire cirer... » 

Ainsi se termina l'interview sur Palma de Mallorca, mais je m'en voudrais maintenant de ne point vous dire ce que Thomy Bourdelle allait y faire. Il n'était point là en touriste. Dès le lendemain de son arrivée, Serge de Poligny, metteur en scène d'un film mystérieux l'embarqua sur un bateau policier, le Mendoza, en lui affirmant qu'il en était le commandant. 
Alors, en compagnie de Jean Gabin, d'Aimos et de Labry, il poursuivit sans trêve, sur la mer complice, les forbans de l'Etoile de Valence : les Amiot, les Sergeol, les Joë Alex, qui naviguaient sous le pavillon des pirates. 

Retour des Baléares. A bord du navire : Bourdelle, le metteur en scène Serge de Poligny et Jean Gabin.

J'aimerais vous dire ce qu'il advint de Brigitte Helm, héroïne du film. Mais je n'en sais rien. Thomy Bourdelle m'affirma que l'histoire demeurait un secret qui n'appartenait qu'à Serge de Poligny. N'insistons pas. On ne gagne rien à connaître à l'avance les sujets des films. Celui-là, étant donné ce que nous savons, contiendra des courses et des combats, en mer, des effets de vagues et de soleil, des flamincos et des fandangos, et, naturellement, de l'amour. 
Et nous pourrons ensuite parler des Baléares sans y être jamais allés, ce qui rendra service à beaucoup de voyageurs en peau de lapin — comme dirait M. Herriot. 

Boisyvon 
Pour-Vous : L'hebdomadaire du cinéma. (n°225 / 1933).






mercredi 11 mai 2022

BOURDELLE DANS LES FIANÇAILLES ROUGES de Roger Lion 1926.



 
LES FIANÇAILLES ROUGES Film de Roger Lion Scénario de G. Spitzmüller et Laurence Arnold. C’est un drame horrible, mais traité sobrement, et avec une grande intensité. Le cadre en est la Bretagne et la mer. 



Un ivrogne brutal, Jean Lardic, abandonne sa femme Louise, et son enfant, et part à l'aventure. Muni de faux papiers, il se fait embaucher par une fermière, AnneMarie, jeune veuve et mère de la jolie Jeannick.






Il parvient à se faire épouser par cette femme, et aussitôt, il se livre à la boisson et à la paresse. 
Jeannick, pour échapper à ses assiduités, s’enfuit à Douarncnez et s’emploie dans une jardinerie. Elle y rencontre Louise, la première femme de son beau-père, qui soigne un enfant malade. Elle y rencontre aussi Pierre Le Meur, un brave garçon, avec qui elle s’accorde si bien, qu’on célèbre bientôt leurs fiançailles. 








Après la cérémonie. Jean Lardic surgit chez la jeune fille et l’assaille brutalement. Et c’est sa femme Louise, affolée par la mort de son enfant, qui fait justice de ce drôle, et le poignarde. 

Cette œuvre émouvante est interprétée par Gil-Clary. Colette Darfeuil, Thomy Bourdelle, et par Dolly Davis. 
La Gazette du franc, 5 mars 1927.





Lardic, la brute avinée, c'est Thomy Bourdelle. Le rôle était relativement aisé. Mais Bourdelle, dédaignant les effets faciles, a joué son personnage en véritable tragédien. Il a su graduer l'intérêt dramatique du personnage et du drame et ses scènes de la fin ont été empreintes d'une magnifique violence.
Cinéa-Ciné pour tous, n°79, 15 février 1927







mardi 10 mai 2022

EN BRIÈRE AVEC LÉON POIRIER & THOMY BOURDELLE.

COMMENT UN METTEUR EN SCÈNE TIRE PARTI DES ÉVÉNEMENTS.

Il ne suffit pas, pour composer un film qui entreprend de nous faire connaître l'âme d'un pays, de se promener dans ce pays avec un appareil de prise de vues et d'enregistrer quelques bobines de pellicule. 
Il faut, avant tout, essayer de connaître ce pays. 

Léon Poirier est un homme qui a apporté au cinéma des buts précis. Il sait ce qu'il veut atteindre. Quand il a fait Jocelyn et Geneviève, il ne s'est pas contenté d'illustrer l'oeuvre de Lamartine, il l'a animée, et l'on peut dire qu'il a composé une œuvre personnelle, inspirée par Lamartine. 

Aujourd'hui, Léon Poirier transpose à l'écran La Brière, le roman d'Alphonse de Chateaubriant. 
Il n'y a pas très longtemps que je sais ce qu'est la Grande Brière. On m'avait dit : " C'est un marais. " Il y a des gens qui se contentent de mots tout faits. 

La Grande Brière n'est pas seulement un marais, c'est un désert de roseaux, de nénuphars et de tourbe. C'est une étendue d'eau noire et de lagunes vertes. Quand on est au milieu et qu'on voit autour de soi le cercle des collines lointaines, on ne sait pas si le monde recommence de l'autre côté. 

La Grande Brière s'étale au nord de l'estuaire de la Loire. Quand on regarde vers le sud, on aperçoit un gril de cheminées. Ce sont les forges de Trignac, mais cela semble au delà de l'horizon, les fumées s'évanouissent dans l'air sans tacher le sol briéron. 

C'est au cœur de ce pays que Léon Poirier a tourné son film. Léon Poirier est un audacieux. Pour Geneviève, il s'est enfoui sous la neige; pour La Brière, il s'est enseveli dans un marécage. Que les amateurs de belles images vivantes lui soient reconnaissants ! 

Or, pour tourner La Brière, il fallait faire jouer les Briérons. Dans nos banlieues policées, il est relativement facile d'obtenir l'aide du pays dans lequel on tourne. On ne peut se plaindre que d'une chose, c'est d'avoir trop de figurants. 

En Brière, il semble que le cinéma soit une manière de monstre inconnu.La Brière est civilisée, certes; sa ville principale : Saint- Joachim possède un " Café de la Mairie " et un téléphone qui fonctionne, mais Saint- Joachini n'est pas la Brière, c'est un bourg en Brière, ce qui n'est pas la même chose. 

Léon Poirier entreprit de faire venir à Saint- Joachim les paysans du marais. Il avait besoin d'eux pour tourner un ensemble. Habitant le pays depuis plusieurs semaines, il avait appris à connaître les habitants, il avait apprécié leur méfiance. Quand on demande quelque chose à un Briéron, il faut qu'il sache pourquoi.


M. Bourdelle, le régisseur, qui est bien plus un secrétaire d'ambassade qu'un régisseur, fit imprimer des affiches annonçant que, le dimanche et le lundi de Pentecôte, seraient données des fêtes en l'honneur de la Brière, à Saint-Joachim. Il y aurait un concours de voitures fleuries, un concours de coiffes, un bal et une course de chalands sur les canaux du marais. Le tout doté de mille francs de prix. 

Pendant huit jours, une publicité active fut donnée à ces réjouissances. Les affiches se voyaient un peu partout, et les journaux locaux se firent un plaisir d'être agréables au metteur en scène. Un joli soleil se déclara partisan de la fête. Le soleil est un dictateur capricieux, qu'il faut toujours avoir de son côté quand on est metteur en scène. Il offrit son concours à Léon Poirier et, le dimanche de Pentecôte, il illumina la petite place de la Mairie de Saint-Joachim, où près de vingt-cinq personnes peuvent tenir à l'aise. 

M. Léon Poirier arriva avec Mme Jeanne- Léon Poirier, ses opérateurs, son assistant, M. Bastia, ses artistes, Mlle Myrga, Mma Marie Laurent, Lacroix, MM. Tallier et José Davert. Quand il vit la rue remplie demande, il se félicita de son ingénieuse idée. 

Ce ne fut qu'eu moment de tourner qu'il se sentit inquiet. Certes, sa fête avait du succès, on était venu de partout : de Nantes, de Saint- Nazaire, de Guérande et du Croisic. On voyait un petit train se débarrasser d'une foule amusée, des bicyclettes sillonner la chaussée qui traverse la Grande Brière. On ne pouvait compter les casquettes de touristes, ni les chapeaux des dames de la ville, mais on ne voyait pas de Briérons. Les coiffes apparaissaient comme des points essaimés et rares dans une foule anonyme, les beaux châles brodés se perdaient dans la monotonie des costumes modernes, rien de tout cela n'était pittoresque, ni imprévu. 

Il fallait pourtant aboutir. On n'organise pas deux fois des cérémonies aussi complètes. 
Léon Poirier appela Bourdelle :
— Cherchez-moi des Briérons et des Briéronnes ! dit-il. 

Oh ! Bourdelle en trouva. Un régisseur trouve toujours ce qu'on lui demande, c'est une sorte de Dieu, créateur de l'impossible. 

Il plongea dans la foule et, chaque fois qu'il émergeait pour respirer, il ramenait avec lui une coiffe ou un chapeau rond, une Briéronne ou un Briéron craintif, qui acceptait de rester sur la place de la Mairie, devant laquelle un barrage était établi pour qu'il n'y eût pas d'évasion. 

Il ramena des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, qui se groupèrent sans enthousiasme, pendant que tous ceux qui avaient pu échapper à ses mains s'enfuyaient vers des lieux inaccessibles. 

Et ce fut ainsi que, sous l'œil des objectifs, commença le concours de coiffes. 

Vous en avez ici un gracieux échantillon. Les Briéronnes sont peut-être un peu timides, mais elles sont charmantes, elles ont grande allure dans leur costume sévère, où seul le châle met ses broderies gaies. Les hommes sont âpres et sévères : visage fermé, grands et solides, séchés par le soleil et durcis par le vent.

Léon Poirier trouva là de bons éléments pour son œuvre, et nul mieux que lui ne sut en profiter. L'art du metteur en scène est de compter dix avec un, de tirer le meilleur parti de tout, de savoir être patient et résigné, de réagir avec promptitude. Voilà pour les qualités intellectuelles. 

Mais la grande qualité morale qu'il doit posséder est, avant tout, le sens du beau. Il doit sentir en quoi réside la beauté d'une chose inerte ou d'une chose vivante, il lui faut dégager la beauté originale d'un ensemble banal de tableaux. 

Dans cette foule disparate et imprévue, je crois bien que Léon Poirier a discerné facilement ce qu'il lui fallait prendre. Vous verrez, sans doute, comment les images d'un film peuvent être différentes des photographies que je vous livre, mais il fallait bien vous les montrer pour que vous jugiez la difficulté de l'effort, qui n'est pas seulement quotidien, mais de toutes les minutes.

X.X.X.

Ciné-Miroir, n° 55, 1er août 1924







lundi 9 mai 2022

PARAMOUNT : A mi-chemin du ciel - Le Figaro 14 juin 1931.

Ce film, comme Salto Mortale, tend nos nerfs à l'égal d'une corde de trapèze. 
Nul terrain n'est plus propice au drame que la piste d'un cirque : des psychologues y introduisirent les clowns, pour faire passer le public de l'émotion au rire. Dans A mi-chemin du ciel, ne se glisse nul intermède comique ; l'action passe du tragique au sentimental, puis revient au tragique. 


 Jim (Thomy Bourdelle) est la figure du destin, tenant en sa main la vie de ses compagnons, vie sentimentale de l'une, vie réelle de l'autre. Son amour contrarié lui fera oser le pire : il précipite dans la mort son partenaire jalousé qui, avant de s'écraser sur le sol, laisse aux poignets criminels la trace de ses ongles, stigmates sanglants dé cette passion. 


Greta Nelson (Janine Merrey) peut tout craindre pour celui qu'elle aime et que le sort pare du maillot étincelant de la victime de Jim ; les corps suspendus dans le vide rythment plus vite, plus vile encore, le battement de nos cœurs. Et la forêt où erre Greta, hantée par la mort de Tony, où s'accroche à chaque branche, trapèze fleuri, un acrobate scintillant, semble la forêt du Roi des Aulnes, peuplée de fantômes bondissants et légers. Il faut tout le talent de Moreno pour assumer une fois de plus un rôle ingrat, pour la sauver du ridicule où sombrerait immanquable ment une artiste médiocre. 


Eric Lintz (Jean Mercanton), est un enfant terrible que nous souhaiterions de fouetter s'il n'avait ce ravissant petit visage, si nous n'étions certains qu'il fallut beaucoup d'efforts pour placer dans celle bouche de petit garçon sage des mots aussi notoirement incompatibles avec son regard ingénu.





Le Figaro, 14 juin 1931

Sensations d'un homme de 135 ans - Pour Vous ( 4 avril 1935 ).

« Mon colonel, bonjour ! » 
Ainsi interpellons-nous Thomy Bourdelle au cours d'une rencontre matinale. Mais n'allez pas croire que le brave colonel Fougas d’Edmond About a conservé son riche uniforme d’officier des chasseurs de la garde ! Non, c’est un élégant civil qui nous répond en souriant : « Fini, envolé ! dirai-je même. Et pourtant, je le regrette un peu cet Homme à l’oreille cassée. 
 Thomy Bourdelle, le colonel Fougas de « L’Homme à l’oreille cassée ».

Il me rappelle de si bons souvenirs des heures de travail avec Robert Boudrioz ! J'avoue que j’ai aimé ce rôle à l’égal de celui de Caïn, que j'avais tourné jadis avec Léon Poirier, quoiqu'il soit assez difficile de faire une comparaison entre ces deux personnages si dissemblables. Pour Fougas, ce qui m'a enchanté, c'est le côté si particulier qui se dégage de l’œuvre d’Edmond About, cette satire si fine qui traverse le ton humoristique de l’ensemble. Que voulez-vous ? Il est assez malaisé de se représenter sans fantaisies un homme qui aurait dormi pendant plus d'un siècle. Mais si cela était réel, je crois que ce malheureux transplanté ne pourrait pas être heureux, en raison des souvenirs qui ont peuplé sa première existence. Il est vrai qu’une seconde vie en perspective ne doit pas déplaire à un pseudo-décédé et que l’on peut toujours faire des projets d’avenir. » 
Thomy Bourdelle s’arrête un instant, puis il enchaîne sa pensée : 
« Les projets ? Tenez, c’est comme dans le cinéma : on en fait bien souvent et ils se réalisent bien rarement. 
« Mais — est-ce une réminiscence de Fougas ? — un personnage me tente : le brigadier Gérard, de Conan Doyle. Un projet ? 
« Chi lo sa ! » 


G. B. Pour vous, 4 avril 1935













LA CARRIERE DE THOMY BOURDELLE : L'ancien officier est devenu général - Cinémonde 1931.

Une des traditions les plus fâcheuses que le cinéma ait cru devoir emprunter au théâtre, c'est la détermination des genres, qui enferme les artistes dans des rôles forcément conventionnels. 
 Ceci s'excusait et s'expliquait sur le chariot de Thespis, lorsque les comédiens longeaient les routes, avec leur répertoire, leur coquette, leur ingénue, leur traître et leur amoureux, comme au temps de Fracasse ; l'écran offre aux réalisateurs et à leurs interprètes d'autres possibilités. Pourtant, on a eu tendance — et ceci nous vint, je crois, d'Amérique — a conserver ces étiquettes désuètes.
C'est un jour qu'heureusement, on arrive à secouer. Buddy Rogers, écœuré de ses rôles de jeune premier, par trop puérils, a résolument changé de camp et assumé dans un nouveau film, le rôle du personnage antipathique, que Pierre Louys prétendait indispensable à toute histoire qui se respecte... 

 Général dans l'armée russe

L'inverse se produit également... Thomy Bourdelle, que nous avions vu si ignoble dans À mi-chemin du Ciel, s'est transformé dans Le Rebelle en un homme d'une haute valeur morale... Cette conversion de Bourdelle au bien fut des plus rapides. Fielleux, sournois, lâche, brutal, odieux... l'ancien Voltigeur de l'espace est devenu, sous la direction d'Adelqui Millar, plein de dignité, de noblesse et d'autorité. Notre collaborateur Jean Robin vous a déjà, il y a quelques semaines, exposé la trame du Rebelle, qui met en présence trois personnages : une femme, deux hommes... Comment les classer, ces trois êtres, qui, parce qu'ils sont humains, sont complexes, pleins de contradictions, de luttes, de faiblesse, un homme jeune, un peu frêle, mal préparé au rude jeu de la guerre, sent, à l'heure du danger, tout son être qui renâcle devant la menace de mort. Il recule, il s'affole... Il est la bête aux abois, que la crainte, la rage désespérée aveuglent... 
C'est Sablin, le rebelle, à qui Pierre Batcheff a prêté son visage maladif et douloureux, ses yeux de fièvre, son masque inquiet... Sa femme veut le sauver... Il n'y a dans son cœur que de la piété... et le sentiment de son devoir, d'épouse... 
Mais elle est jeune, belle, passionnée. Elle a souffert. Ses nerfs sont épuisés.. Sur sa route se trouve alors, seul maître de son destin, l'homme qu'elle a rencontré trop tard, celui qu'elle doit aimer... Voilà pour Suzy Vernon, si mal utilisée souvent, un vrai rôle de femme, et qu'elle a su remplir...

Thomy Bourdelle à la ville...


C'est à Thomy Bourdelle que revenait la tâche d'incarner le général, puissant et pesant, un peu brutal et d'abord rude. 
Il lui fallait ne pas se laisser écraser par le costume du rôle... C'est un détail qui a plus d'importance qu'on le croit. La longue redingote : le bonnet d'astrakan des généraux russes sont lourds à porter... Thomy Bourdelle, avec sa belle stature d'athlète, a su donner une impression de force, d'aisance trapue et virile... Ses yeux clairs, aux prunelles transparentes, son visage aux reliefs accentués donnaient au personnage à la fois l'âge et le caractère slave qui convenaient...
Et puis, Thomy Bourdelle sait être un bel officier. On l'a vu dans Verdun visions d'histoire... et ce n'est pas seulement dans le film de Poirier qu'il a acquis cette assurance, cette sûreté «le ton et d'attitude dans tous les détails du commandement : Thomy Bourdelle fut officier pendant la guerre.. 
À l'armistice, au lieu de poursuivre les études interrompues à l'Ecole centrale, il fut amené, par Poirier, au cinéma, pour lequel il s'était passionné depuis les premières expériences. Il ne faut pas oublier que c'est à Poirier que nous devons cet artiste qui fut toujours son interprète préféré... Les premiers films de Bourdelle sont anciens, mais pas encore oubliés : Jocelyn, Jocaste, Le Courrier de Lyon, La Brière... Tandis que son metteur en scène et ami tourne en Afrique La Croisière noire, Bourdelle tourne plusieurs films pour les Cinéromans, notamment La Divine Croisière... Puis Cavalcanti. alors à ses débuts, lui confie un des rôles de composition de En Rade... C'est Cavalcanti qui, après Caïn, l'enrôlera sous la bannière Paramount... Tous ceux qui ont utilisé Thomy Bourdelle aiment à faire appel à lui, dès qu'un rôle s'offre dans la gamme très vaste de ceux qu'il peut interpréter. Caïn ne pouvant guère être considéré comme un film parlant, c'est dans Les Vacances du Diable que cet artiste fait ses véritables débuts devant le micro... Depuis, il y a eu, du même Cavalcanti, À mi-chemin du Ciel... Puis Le Rebelle, et depuis trois semaines. Bourdelle tourne, avec Max Reichman : Camp Volant... Encore un film de cirque... 
Mais nous pouvons attendre beaucoup du réalisateur D'Attractions et d'un tel interprète. 

M. G. 

Cinémonde, n° 146, 6 août 1931







lundi 29 novembre 2021

Thomy Bourdelle, Des Brèves Qui en Disent Long.

1923 - Comœdia, 11 septembre.
Après avoir été avec beaucoup de succès Cyprien dans Geneviève, M. Tommy Bourdel vient de signer avec M. Jean Kemm pour interpréter dans Louis XVII le rôle de l'Américain Baker. Il en fait de belles, ce Baker, en compagnie de Fersen : Il déjoue les plans (les premiers et les arrière) de Mallory, ce traître qu'il finit par tuer au dernier épisode.

1928 - Ciné-Miroir, n°144, 6 janvier.
Quel film avez-vous préféré en l'année 1927 ?
Que souhaitez-vous pour le Cinéma en 1928 ?
1° Incontestablement, Ben-Hur, malgré ses défauts et ses lacunes, parce que le plus représentatif des moyens financiers puissants alliés à une perfection de réalisation et d'interprétation remarquables ;
2° Que les réalisateurs sérieux et intelligents trouvent de l'argent pour les soutenir et que les artistes dignes de ce nom puissent vivre de leur métier. 

1928 - Le Gaulois, 12 juillet. 
Stella Maris, tel est le titre définitivement choisi par M. Julien Duvivier pour la nouvelle production dont il sera le réalisateur. La distribution comprendra les noms de Suzanne Christy, Mme Barbier Krauss, Henry Krauss, Jean Murat, Thommy Bourdelle et Viguier.

1928 - Pour vous, 22 novembre. 
André Berthomieu va tourner un film intitulé : Broadcasting, tiré d'une nouvelle de Maurice de Marsan. Interprète masculin : Thomy Bourdelle. Il est possible que Lilian Costantini soit la vedette féminine. Opérateur : Emile Pierre. Le principal personnage du film est un poste de T.S.F.

1929 - Cinémagazine n°5, 1er février.
Souvenir... 
Thomy Bourdelle, le gagnant de la Tombola qui avait pour lot la belle affiche que Georges Desvallières a consacrée à Verdun, Visions d'histoire, le film de Léon Poirier, et que Cinémagazine a reproduite, vient de faire don de ce tableau au musée des Arts décoratifs. On sait que Bourdelle, qui composa dans le film la figure symbolique de l'officier allemand, fut aussi l'assistant de Léon Poirier. C'est là un beau geste qui n'étonne pas. de la part de l'excellent artiste et de l'homme de cœur qu'est Thomy Bourdelle.

1929 - Mon Ciné, n°304, 7 février.
C'est Lilian Constantini et Thomy Bourdelle qui tournent les principaux rôles de Broadcasting, la nouvelle réalisation de Berthomieu.

1931 - Ciné-Miroir, n°316, 24 avril.
Après avoir tourné Le Général, le premier geste de Thomy Bourdelle a été de se précipiter chez son coiffeur afin de se faire enlever la moustache, qu'il avait laissé pousser pour jouer avec plus de vérité le rôle magnifique du général Platoff dans ce film.

1932 - Comœdia, 31 janvier. 
Courrier 
Notre confrère Jean-Charles Reynaud vient d'être chargé du département littéraire de la « Forrester-Parant Productions ». Cette firme commencera, dans le courant de février, la réalisation d'un grand film parlé pour l'interprétation duquel Jeanne Helbling, Thommy Bourdelle et Frank O'Nil ont déjà été engagés.

1932 - L’Ami du peuple, 20 août.
Thomy Bourdelle vient d'être engagé par Léon Poirier pour interpréter La voie sans disque au cours de l’hiver prochain. Le film sera presque entièrement réalisé à Djibouti. 


1932 - Le Courrier des cinémas, 10 octobre.
Communiqués et Informations 
Un artiste blessé au cours d’une prise de vues cinématographique. Le metteur en scène Alberto Cavalcanti réalise actuellement, aux studios Paramount de Joinville, un film provisoirement intitulé : « Les Vacances du Diable ». 
La semaine dernière, au cours d’une scène dramatique qui se passe au haut d’un escalier, Thomy Bourdelle s’empare des revers du veston de Robert Hommet ; il le secoue nerveusement. Thomy Bourdelle devait, au cours de cette scène, précipiter Robert Hommet au bas de l’escalier, où un matelas avait été disposé pour parer le choc. Mais les mains de Bourdelle glissent et Hommet roule dans l’escalier. Transporté immédiatement à l’infirmerie des studios, où il a été soigné, ayant été blessé à la main ainsi qu’à la hanche droite, il dut ensuite regagner son domicile afin d’avoir, pendant quelques jours, le repos nécessaire après une telle chute.

1934 - Cinémonde n°310,  27 septembre.
Thomy Bourdelle, pressenti pour Golgotha, a abandonné ce film pour une création plus profane : L'Homme à l'oreille cassée, qui rappelle un tantinet Le Colonel Chabert, mais dont l'action est située à la fois sous l'Emprise et de nos jours...

1934 - Cinémonde n°320, 6 décembre.
Lui plairiez-vous ?
Thomy Bourdelle représente, pour un nombre de femmes un certain type d'homme solide, "costaud", un peu brutal, parfaitement mâle et cependant susceptible de douceur. À quoi est-il, lui, particulièrement sensible lorsqu'il se trouve en contact avec une inconnue ?
- Mais à rien... et à tout !
Il a répondu par un grand sourire qui découvre ses dents luisantes et clôt à demi ses yeux d'un bleu de myosotis. Puis :
-  D'abord, ça dépend de ce que je veux en faire ! Si c'est pour l'épouser ou pour...
- Chut, Thomy... Pas de précisions ...
- Eh bien je vais vous faire une réponse de Normand : j'apprécie l'agréable, autant pour le corps que pour le caractère. Pour ce qui est de la couleur des cheveux, des brunes et des blondes, je m'en arrange... Le tout est qu'en étant "bien balancée", une femme soit d'une compagnie plaisante.

1935 - Cinémonde, n°333, 7 mars.
Ce sont les risques du métier... Avez-vous encore envie de faire du Cinéma ?
« Je ne compte plus les bagarres de ma vie d'acteur. Les plus marquantes datent du muet, de Surcouf, de Fiançailles rouges. Il y en eut une belle, aussi, dans Mon ami Tim. Quant aux barbes qu'on laisse doucement pousser à la grande horreur des passants, elle font partie du « boulot » normal !
« Je me souviens que pendant les prises de vues de Fiançailles rouges, j'ai dû lutter avec un chien. Furieux, énervé, l'animal, qui était cependant dressé, m'a bel et bien planté ses crocs dans l'avant-bras. Voilà la cicatrice... J'achevai les extérieurs avec le bras bandé. Mais le plus beau de l'histoire n'est pas dit. Roger Lion avait engagé pour le principal rôle féminin une actrice russe, qu'on reconnut impossible à la projection, en rentrant. Il fallut recommencer toutes les scènes avec Dollv Davis. C'est avec une véritable appréhension que je refis celle de la lutte avec le chien ! 
« Pour Mon Ami Tim, on avait engagé quinze boxeurs professionnels, en leur donnant la consigne de cogner aussi fort que possible et en promettant des primes à ceux qui taperaient le mieux. J'ai eu des bleus sur tout le corps pendant quinze jours ! » 


1936 - Ciné-Miroir, N°566, 7 février.
Si je gagnais les trois millions ( comme vous même, les vedettes forment des projets au cas où elles gagneraient le gros lot.)
Thomy Bourdelle
Je me garderais bien de changer quoi que ce soit dans ma vie ! Je consacrerais volontiers un million à la réalisation d'un film dans lequel j'aimerais jouer le rôle d'un "méchant garçon". Pour le reste, je crois qu'il suffirait que je m'offre un diamant de quelques carats, par-ci par-là, une zibeline à Madame... et, dans deux ans, il ne me resterait plus que le souvenir de ces millions !


1936 - Paris-soir, 16 juillet. 
Nos vedettes nous font part de leurs projets.
J'ai l'intention de tourner deux films cet été. Mais entre temps, j'espère pouvoir m'adonner à mes deux plaisirs favoris : prendre des bains de mer aux Sables-d'Olonne et faire de la bicyclette sur les routes vendéennes.

1937 - Ciné-Miroir, almanach année 1937.
Au stade du Parc des Princes, lors des belles réunions d'hiver, souvent, Thomy Bourdelle considère avec envie les ébats fougueux des rugbymen.
- De quelle équipe êtes-vous supporter ? Je parierais que vous avez un faible pour l'"Aviron Bayonnais" ?
- Certes ! J'admire le jeux des Basques... mais je suis, moi, un "vétéran" ; je fus "international" autrefois... Cela ne me rajeunit pas ! Soupire-t-il.
Allons, si nos "jeunes premiers", car Thomy Bourdelle apparaît comme tel aux yeux de nos contemporaines  - soupirent sur leurs anciens succès sportifs, où allons-nous ?

1937 - Paris Soir, 31 janvier.
Même avec une fleur ! ou Thomy Bourdelle n'y va pas de main morte 
On termine, aux studios François 1er, les prises de vues d'Arsène Lupin. Jules Berry, on le sait, y tient le rôle du fameux personnage imaginé par Maurice Leblanc, et Ariette Stavisky a trouvé l'occasion, avec ce film que met en scène Diamant-Berger, de camper un personnage épisodique qui marque ses débuts au cinéma. 
Mais dans Arsène Lupin il y a aussi Lisette Lanvin, et il y a Thomy Bourdelle. Et dans le scénario d'Arsène Lupin, il y a, tout à fait à la fin, une scène où Thomy Bourdelle doit administrer à Lisette Lanvin une gifle. bien appliquée. Lisette Lanvin et le metteur en scène avaient sans doute compté sans la vigueur de Thomy Bourdelle, sans sa sincérité, sans la foi, le feu sacré avec lesquels il interprète tous ses rôles. Thomy Bourdelle appliqua la gifle avec un tel élan, dans un tel mouvement de. sincérité, que la gentille, la charmante Lisette Lanvin, littéralement étourdie, perdit connaissance pendant quelques secondes. Ce n'est qu'après des soins empressés, qu'elle reprit complètement tout son aplomb, retrouva son équilibre, et qu'on put reprendre la scène, non sans avoir fait jurer à Thomy Bourdelle qu'il modérerait et saurait freiner ses élans de sincérité. - G. Cr.

1938 - Ce soir, 28 juin. 
Alice Field, Cabriel Gabrio, Thomy Bourdelle et Maurice Maillot seront les vedettes de « Campement 13 » que va réaliser Jacques Constant.

1938 - Cinémonde, n°530, 14 décembre.
Jacques Constant, a repris la réalisation de Campement 13 qui était interrompue depuis déjà un certain temps. Alexandre Rignault a repris le rôle de Thomy Bourdelle.

Les Années 30 de Thomy Bourdelle.

 

1930 : Caïn, aventures des mers exotiques 
de Léon Poirier et Emil-Edwin Reinert 
Caïn

d'Alberto Cavalcanti 
Mark Stone

1930 : Sous les toits de Paris 
de René Clair 
François

d'Alberto Cavalcanti 
Jim

d'Adelqui Migliar 
Général Platoff

1931 : Tumultes 
de Robert Siodmak 
Gustave Krouchovski

1931 : Verdun, souvenirs d'histoire 
de Léon Poirier et Thomy Bourdelle (coréalisateur) 
L'officier Allemand

1932 : Fantômas 
de Paul Fejos 
L'inspecteur de police Paul Juve - L'ennemi juré de Fantômas. 

1932 : Danton 
d'André Roubaud 
Le général Westermann

de Max Reichmann
Cesare
 
de Fritz Lang 
Professeur Baum

1932 : Mon ami Tim 
de Jack Forrester 
Tim Burke

d'Henri Diamant-Berger 
Porthos 

1932 : Pêcheur belge en Islande
documentaire de Fernand Rigot 

1933 : Quatorze juillet 
de René Clair 
Fernand

1933 : L'Étoile de Valencia 
de Serge de Poligny 
Le capitaine Mendoza

de Pierre Guerlais 
Yann Gaos

1933 : Adieu les beaux jours 
de Johannes Meyer et André Beucler 
Le commissaire Domprel

de Pierre Billon 
Lourges

1934 : Maria Chapdelaine 
de Julien Duvivier 
Esdras Chapdelaine

de Hans Steinhoff et Serge Veber 
Le commissaire

de Robert Boudrioz 
Le Colonel Fougas

de Gerhard Lamprecht et Roger Le Bon 
Werner

de Georg Jacoby et André Hornez 
Le capitaine Tibor de Dénès

1936 : L'Appel du silence 
de Léon Poirier 

de Léo Joannon 
Eric Schutz

1936 : Traffic d'armes / Seven sinners / Doomed cargo / The Wrecker d'Albert de Courville 

1937 : Sœurs d'armes 
de Léon Poirier 
Le juge Goldschmidt

1937 : Arsène Lupin détective 
d'Henri Diamant-Berger 
Cassire

1937 : Les Hommes sans nom 
de Jean Vallée
Bordage 

de Léon Mathot
Fric-Frac 

de Paul Mesnier 
Peters

1938 : Adrienne Lecouvreur 
de Marcel L'Herbier
Pauly 

1939 : Brazza ou l'épopée du Congo 
de Léon Poirier
Stanley
 
de Emil-Edwin Reinert (il ne joua que dans la première version détruite dans un incendie)

dimanche 28 novembre 2021

Du Studio à la Ville.

Thommy Bourdelle qui joue un des principaux rôles du nouveau film réalisé par Fritz Lang Le Testament du Docteur Mabuse, est un sportif, nul ne l'ignore.
 

Le voici s'entraînant à bicyclette sur piste comme un professionnel.


Ciné-Miroir, n° 409, 3 février 1933

mardi 23 novembre 2021

QUELQUES MINUTES AVEC THOMY BOURDELLE - 1937.

- Quel beau gars ! m’écrierais-je, si je n’avais pas peur de vexer celui qui est assis en face de moi et se prépare paisiblement à subir la mitraillasse de mes questions. 

Car un homme, en général, n’aime pas beaucoup s’entendre dire qu’il est beau, et je comprends ça, car on applique trop souvent ce qualificatif à ces poupées de bazar géminées et calamistrées qu’on appelle communément « jeunes premiers ». 

Thomy Bourdelle, c’est autre chose, Dieu merci pour lui ! 


Quelle musculature, Seigneur ! Et quelle énergie dans ce visage éclairé pourtant d’un regard couleur de porcelaine de Delft, d’un regard qui peut avoir des duretés d’acier et des tendresses de ciel printanier. 

Vous rappelez-vous Surcouf ? Vous rappelez-vous le magnifique et sauvage et tendre corsaire qu’y créa Thomy ? 

Pourquoi ne le revoit-on plus dans des rôles à sa taille ? (une grande taille, vous pouvez m’en croire !...). 

 - Où êtes-vous né, monsieur ? 

- A Douvres, en Normandie. 

- On peut dire quand ? 

- Bien sûr, voyons !... Le 20 avril 1893. 

- En même temps que les fleurs de pommiers, alors ? (Je ne peux pas affirmer que Thomy ressemble, exactement à une fleur de pommier, mais, peut-être, à cette époque...). 

- Qu’est-ce que vous rêviez de faire, quand vous étiez petit ? 

- Je ne sais pas si ma vocation était réellement d’être ingénieur, mais c’est tout de même l’Ecole Centrale qui fût le but de ma studieuse jeunesse. Même, si j’avais voulu faire du théâtre, d’ailleurs, mes parents s’y seraient probablement opposés, car mon frère était à l’Odéon. Un comédien dans ma famille» c’était déjà beaucoup, mais deux... 

- Ces études studieuses dont vous parliez à l’instant avec un sourire un tantinet railleur, ou les fîtes-vous ?

- D’abord à Passy, chez les frères. Puis vint la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Les frères émigrèrent en Belgique, et je les suivis. Et c’est là que je devins un sportif acharné. Nous avions un magnifique collège qui comportait une piscine, un vélodrome, etc..., et j’appris à monter à cheval avec les hussards. Le sport était pour moi une véritable passion et l’est resté, d’ailleurs. Je lui dois tant... Alors que j’étais à Centrale, je fus désigné pour aller passer mes vacances dans le collège d’athlètes de Reims. Je me promettais de passer là de bien belles vacances... Hélas !... C’était en juin 1914. 

- Je vois. 

- Naturellement, aussitôt que la guerre fût déclarée» je m’engageai. En 1918, j’avais deux galons. 

- Et la Légion d’honneur, si mes yeux ne m’abusent pas... 

- En effet. J’aurais, évidemment, pu faire une assez belle carrière dans l’armée. Tout le monde autour de moi me le conseillait. Mais on m’aurait donné un million pour y rester que j’aurais refusé avec la même énergie. 

- Merci pour le cinéma... Et que, devient alors votre vocation d’ingénieur ? 

- Ingénieur ! Il n’y fallait plus penser !... Pendant cette période fantastique de l’après-guerre, un diplôme d’ingénieur était un inutile chiffon de, papier. J’étais, naturellement, un peu désorienté, et c’est alors que je pensai au cinéma. Un jour, je me dirigeai à tout hasard vers les studios Gaumont, et j’y rencontrai ma chance, personnifiée par Léon Poirier. Il cherchait un bourreau pour « Jocelyn », mais un bourreau qui n’ait pas trop une gueule de brute ! Un bourreau à visage humain, quoi !... et musclé, naturellement. 

- Votre physique me, plaît, me dit-il. Mais puis-je vous demander de voir votre torse nu ? Bien entendu, je ne me fis pas prier, et j’eus mon contrat ! Un contrat somptueux de, deux semaines me garantissant trois cachets de soixante francs par semaine. 

- Evidemment, ce n’était pas la fortune, mais... 

- J’étais bien content quand même. A cette époque-là, d’ailleurs, on ne faisait pas fortune au cinéma, mais on gagnait bien sa vie et on travaillait avec foi et enthousiasme. 

- Sauf erreur, vous avez tourné plusieurs films avec Poirier ? 

- Oui. Après Jocelyn, je restai avec lui pour tourner le Courrier de Lyon, puis Geneviève. Entre temps, Diamant-berger m’avait demandé pour faire la doublure de son Porthos. « En vous rembourrant un peu, ça ira très bien », me disait-il. Et Préjean, qui devait « doubler » aussi pour Les trois Mousquetaires, me disait : « Viens donc, on rigolera bien... » J’allais accepter cette séduisante proposition quand Poirier me redemanda pour tourner Geneviève... Il est d’ailleurs assez curieux de penser que quinze ans plus tard je fus tout de même le Porthos de, Diamant-berger. 

- En somme, votre carrière cinématographique n’a jamais comporté de difficultés ? 

- Non. Elle s’est faite toute seule, comme ça. C’était une époque magnifique ! On passait des mois à se laisser pousser des moustaches ou des favoris... Et puis on tournait cinq mois par an en Bretagne... 

 - Surcouf ? 

- Et Fanfan-Ia-Tulipe, et Jean Chouan, et combien d’autres... Puis je revins avec Poirier pour La Brière, Verdun et Caïn... et le cinéma aurait continué à être une magnifique aventure si le « parlant » n’était venu tout démolir... Car les films français faisaient prime dans le monde... tandis que maintenant...

- Evidemment, l’exportation des films de langue, anglaise est d’une extraordinaire facilité. 

- Oui, rêve Thomy Bourdelle. Quand Christophe Colomb a découvert l’Amérique, il aurait dû exiger par contrat que les futurs habitants parleraient français... Ça aurait bien changé la face du monde... 

- On ne pense pas à tout, même quand on s’appelle, Christophe Colomb... Dites-moi, n’avez-vous pas envie d’aller tourner là-bas ? 

- J’ai failli y aller pour Big House, mais Mirande, qui était à Hollywood, a fait agir toute son influence pour qu’on engage André Berley à ma place. Il m’en parlait encore récemment, et je ne peux pas lui en vouloir, car Berley était son ami intime. 

- Cela vous aurait plu ? 

- Oui, naturellement. Et j’espère pouvoir dire bientôt que « ça me plaît ». 

- Ah ! ah ! 

- Chut !... les projets, vous savez, même quand ils sont construits sur des bases sérieuses, il ne faut pas trop en parler. 

- Je sais. Mais peut-être voudrez-vous me dire tout de même quel genre de rôle vous préférez interpréter ?

- Les rôles forts. J’aimerais de temps en temps être dans la peau d’un Mac Laglen, d’un Wallace Beery, d’un Jack Holt... 

- Je vous souhaite de tout cœur l’interprétation qui comblera vos vœux... 

- Mes vœux sont multiples et simples pourtant, sourit Thomy Bourdelle. Je souhaite sincèrement à tous mes amis français, acteurs et metteurs en scène, de pouvoir exercer leur profession sans se heurter aux mille obstacles qui, en ce moment, paralysent un peu, hélas, ce cinéma français qui fût si glorieux. 

En moi-même, j’ai ajouté, avec ferveur, « Ainsi soit-il ». 

Lucienne MORNAY. 

L’Image, 2 juillet 1937

Thomy BOURDELLE et Lisette LANVIN dans “ Les Deux Favoris”

La Maison Dans La Dune de Pierre Billon (1934).

UN FILM DE QUALITE   La Maison dans la Dune  Un seul film nouveau cette semaine mais c'est un film français. Et de qualité. L'histoi...